La capoeira et ses tours du monde
Née de mère noire et de père inconnu, la
capoeira a fait l’école de la rue.
Avec la
ruse et l’habileté du moleque, elle s’est
répandue dans les villes au nez et à la barbe des
interdictions légales et de la répression policière :
sa prohibition était officiellement consignée dans
le premier code pénal de la République, en 1890.
Sa pratique contemporaine a néanmoins pu « légalement » se développer au début du XXe
siècle sous
l’influence dominante de Bahia, avant de conquérir les classes moyennes brésiliennes puis les pays
du Nord.
Apparue à New York ou en Californie
dans les années soixante-dix, en Europe au début
des années quatre-vingts, elle serait aujourd’hui
enseignée dans cent soixante-quatre pays et plusieurs milliers de villes, par vingt-cinq mille professeurs, de plus en plus étrangers. On compterait
plus d’un million d’élèves autour du globe
Capoeira Camaleão
À la croisée des chemins entre art – martial,
selon certains –, expression corporelle et culturelle, fortement bercée de spiritualité, ce que l’on
appelle aujourd’hui capoeira est une sorte de lutte
qui se pratique en couple au centre d’une roda
(ronde) rythmée par une batterie d’instruments
percussifs et le chant des participants. Pour les
initiés, la capoeira est également un état d’esprit,
une philosophie qui évolue selon les mestres et les
académies. Ses formes actuellement les plus
répandues sont la capoeira regional et la capoeira Angola.
L’une comme l’autre furent conçues
dans les années trente, à Bahia, par les célèbres
mestre Bimba et mestre Pastinha. Plus athlétique
et rapide, la regional se distingue par une rationalisation des coups proche des arts martiaux, et
une méthode d’apprentissage systématisée. Plus
lente et proche du sol, l’Angola se nourrit de sa
négritude originelle et revendique le respect d’une
tradition informelle.
Quoi qu’elles prétendent, la
plupart des académies mêlent ces deux tendances,
qu’agrémentent les styles propres de leurs professeurs.
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MARIE-CHARLOTTE DEVISE
INFOS BRÉSIL N°210 • 15 FÉVRIER 2005
Un certain regard médicale de la capoeira
Si l’on veut imaginer quelle interprétation, surgirait de l’analyse de la capoeira au sein d’un système culturel occidental, à travers l’exercice d’une médecine de faits, scientifique et éprouvée ; ce serait très probablement, à la faveur d’une équation hâtivement déduite , celle d’une activité physique, d’un sport.
Ainsi comme tout sport, la capoeira, à travers sa pratique régulière, répétée, dans les règles qui lui sont propres conduira à une endurance accrue, une souplesse nouvelle, une tonicité libératrice, une synchronisation et une acuité des réflexes améliorée, ainsi que, et pour ne rien gâcher, au développement d’une masse musculaire remarquable, efficace et parfois d’un bel effet plastique.Toutes ces caractéristiques de l’exercice physique qu’affectionnent les médecins pour leurs patients ; quand ceux-ci peuvent s’y adonner sans risques; pour ses bienfaits physiologiques et ses bénéfices attendus sur la prévention de l’obésité, des maladies cardio-vasculaires, sur l’augmentation de l’espérance de vie, bref, en matière de santé publique.
Cependant, est-ce seulement en cela que convergent capoeira et médecine chez le capoeiriste ?
En effet, l’intérêt ne réside pas tant en des faits physiologiques, scientifiquement reconnus, profitable à un organisme biologique donné, qu’en la notion de santé.
La capoeira quant à elle représente une entité sociale et spirituelle dont la vie, la structure, l’histoire et la symbolique complexe semble vouloir répondre à la crainte universelle de l’homme que constitue l’absence de sens.
La capoeira comme la réflexion qu’offre la médecine est un discours sur le monde; son organisation, ses mécanismes, ses incertitudes, ainsi que la vie des humains qui le peuple, dans leur crainte face à l’ inconnu la maladie et la mort.
La pratique de la capoeira est pourvoyeuse de sens dans une atmosphère culturelle dénaturée par une conception scientifique, randomisée du monde, et c’est alors que, en sus des bienfaits que celle ci procure au corps, elle permet également de se trouver au centre d’un schéma socio-culturel et intellectuel à travers lequel on peut trouver l’équilibre subtil des éléments de vie synonymes de santé.

GBAGUIDI Xavier « Rasta » ( Interne en Médecine)